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Le monde paysan au XVIIIème siècle

 
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Clarah


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MessagePosté le: Ven 10 Déc - 15:55 (2010)    Sujet du message: Le monde paysan au XVIIIème siècle Répondre en citant

Ma dissertation rédigée (pas le même plan que le prof mais les mêmes idées à peu près):


Le monde paysan en France au XVIIIe siècle (avant 1789) 
 
  
« Depuis l'époque néolithique jusqu'à la révolution industrielle, l'Occident est une civilisation essentiellement agraire. […] Ce qui implique que les institutions de la France, politiques, économiques, juridiques et sociales se sont développées par et en fonction de l'occupation, de la possession et de la culture de la terre » explique Claude Galarneau dans la Revue d'histoire de l'Amérique française. En effet, si le tiers état des campagnes, le « pauvre peuple » comme l’appelait Vauban, a eu un rôle majeur dans la prospérité de la France de l’ancien régime, il fait toujours partie d’une société féodale et ordonnée qui le relègue au rang de classe inférieur, et fait l’objet du mépris des autres ordres. D’ailleurs, depuis le Moyen Age, les conditions de vie et l’organisation de la société rurale n’ont pas beaucoup changé. Mais le « monde paysan » n’englobe qu’une partie de cet ensemble, celui des agriculteurs, proches de la terre, habitant dans les villages et ayant une vie sociale principalement organisée par le travail dans les champs. Cependant, cette fraction de la population française du XVIIIe siècle atteint les 85%. Elle est divisée, pleine de contrastes, de tensions, de xénophobie et d’ignorance, mais renferme une culture commune, des mœurs et des mentalités que l’on ne peut ignorer à la veille d’une révolution qui, si on doit la considérer avant tout comme un mouvement urbain, a eu des conséquences sur tout le monde paysan. Peut-on alors parler d’unité du monde paysan en France au XVIIIe  siècle ? Dans une première partie, nous verrons que le monde paysan dans le France du XVIIIe siècle se révèle être une société fortement hétérogène. Puis, dans une seconde partie, nous étudierons les facteurs d’unité qui apparaissent tout de même au sein de ce vaste ensemble. Enfin, dans une troisième partie, nous évoquerons le retrait du monde paysan dans sa totalité par rapport aux évolutions de la société du XVIIIe siècle par sa marginalisation.  
  
  
La diversité du monde paysan s’établit à plusieurs échelles. Elle est une caractéristique majeure de la France rurale et les historiens restent en désaccord sur les catégorisations les plus pertinentes. Il semble qu’établir une hiérarchie entre les strates de la société rurale s’avère donc une entreprise simplificatrice et critiquable. Cependant, cette hiérarchie, si sa pertinence reste à débattre, nous permet néanmoins de décrire l’hétérogénéité de la réalité que recouvre le terme large de « monde paysan ».  
On distingue en général quatre catégories de paysans[1]. Le groupe dominant représente 5 à 10% de la population rurale. Il s’agit des grands exploitants ou « gros laboureurs », fermiers ou censiers. Ils exercent souvent des professions non agricoles comme notaire, d’autres professions libérales, marchand de grain et de textile ou meunier. 15 à 20% des paysans constituent la seconde classe, celle des indépendants. Ils sont souvent laboureurs, ménagers ou métayers. Ils sont aussi vignerons dans certaines régions. Cette diversité au sein d’un seul groupe social fait intervenir un nouveau critère d’hétérogénéité : le critère régional. Selon l’espace agricole possédé ou loué, le paysan ne produit pas la même chose. Dans le Bassin parisien, on est plutôt laboureur, alors que les ménagers sont souvent du Midi (le terme même de ménager, désignant un petit fermier laboureur, voit son sens varier d’une région à l’autre : dans le Midi, le ménager est un paysan plus important que dans le Nord) et les métayers (cultivateur non propriétaire du champs qu’il exploite) dans l’Ouest-Centre. Ce groupe peut également exercer d’autres professions dans le commerce de proximité par exemple ou en tant qu’artisan qualifié (maréchal-ferrant, charpentier, tonnelier). Le groupe des semi-indépendants représente 20 à 25% de la population et regroupe une grande diversité d’agriculteurs, du vigneron au haricotier, en passant par le laboureur et le ménager. Ils ont des statuts variables et sont parfois artisans. Enfin, les dépendants complètent cette pyramide. Ils sont les plus nombreux (35 à 50% des ruraux) et sont soit des exploitants parcellaires, soit des non exploitants. Leurs activités changent en fonction de l’emploi, ils passent du métier de manouvrier à celui de brassier ou de domestique agricole (berger par exemple). Ils possèdent parfois une micro exploitation et reçoivent un maigre salaire. Leur reconversion dans les métiers d’ouvrier ou de serviteur est fréquente.  
Cette hétérogénéité résulte en partie du fait de l’existence de situations économiques très contrastées. Les disparités tiennent en effet davantage aux écarts dans la superficie exploitée qu’à la propriété. De plus, il s’agit de distinguer l’indépendance et la dépendance économique, c’est-à-dire la capacité pour le travailleur agricole de vivre du seul revenu de son exploitation, qui n’est assuré que pour une minorité de ruraux. Enfin, rares sont les villages où il n’existe pas une minorité dominante, réunissant quelques gros exploitants, la plupart du temps locataires de terres possédées par des privilégiés ou des bourgeois. Cette minorité exerce généralement des fonctions dirigeantes dans le cadre des institutions locales souvent sous la tutelle seigneuriale.  
On note aussi, dans les facteurs de l’hétérogénéité, le poids du « complexe féodal » dans les campagnes. Défini comme « l’ensemble des prélèvements et prérogatives pesant sur les tenanciers ou manants d’une seigneurie » (J. Bart, 1989), il concerne la très grande majorité des terroirs ou terres libres de toute emprise féodale (dans le Midi par exemple). Si le servage des paysans est devenu exceptionnel, les prélèvements demeurent quasi généralisés et prennent plusieurs formes : corvées (service gratuit) ou taxes, comme le cens, rémunérant le fermage (location des terres seigneuriales).  
Il y a donc une diversité notable du monde paysan au XVIIIe siècle. Cette hétérogénéité est entretenue par l’absolutisme, provoquant une division du tiers état (la xénophobie entre village est, par exemple, très forte) et l’empêchant d’avoir des revendications communes qui remettraient en cause le régime et qui dénonceraient les difficultés du quotidien des paysans. Cette division s’opère jusqu’à la fin du XVIIIe  siècle, avant que la conscience généralisée des conditions de vie injustes et intolérables dans lesquelles ils vivent pousse les paysans à revendiquer leur droit au bonheur. A l’origine de cette pensée, une unité dans les mentalités sans doute, qui fait du monde paysan un ensemble négligé par l’Etat.  
  
  
L’organisation de l’espace requiert une discipline collective précise dans le cadre de la paroisse. On note une unité de vie municipale, surtout dans le Midi, et partout une unité de vie spirituelle autour de l’église : la communauté paroissiale règle les pratiques et contraintes collectives qui soudent la cohésion du groupe[2]
En plus d’une inaltérable soumission aux lois de la nature qu’implique leur activité agraire, les paysans entretiennent un véritable culte de la tradition dans une société rurale obéissant au doigt et à l’œil d’une Eglise catholique omniprésente[3]. Malgré l’abolition du servage, le paysan a conservé une attitude d’assouvissement à son seigneur qui fait à présent partie de la tradition paysanne. Arrivé aux temps modernes, l'habitant des campagnes de France reste un « agrarien », dont l'univers mental est avant tout celui du terrien. « De cette permanence « multimillénaire » s'est élaborée une mentalité, un ensemble d'habitudes d'esprit et de croyances fondamentales des individus et des collectivités » d’après Claude Galarneau. La soumission à l’Eglise catholique en fait partie, l’institution religieuse régulant la vie des ruraux dans sa totalité : baptême, mariage, parrainage, extrême onction… le paysan craintif et superstitieux s’acquitte de toutes les obligations pour s’assurer l’absolution de tous ses pêchés. Du curé, le paysan reçoit d’abord l’assistance spirituelle et le réconfort moral. Le principal facteur de cette tradition commune est sans doute l’immobilité : le paysan nait, se marie et meurt dans le même village, ce qui entraine une certaine cohésion sociale (les familles du village se côtoient) et développe une importante xénophobie vis-à-vis du monde extérieur.  
L’autre facteur d’unité remarquable est la conscience de l’imperfection de la condition paysanne. L’insécurité matérielle et sociale du paysan est telle qu’elle ne peut être ignorée. Les hommes vivent d’abord pour manger. Ils dépendent exclusivement de leur terroir, de la récolte de blé donc des conditions climatiques. Cette dépendance entraine une forme de superstition et une volonté de vengeance contre les responsables des fléaux qui les touchent (maigres récoltes, pénuries, épidémies etc.). Dans ce cas, on accusera tantôt la noblesse aisée qui n’a pas de difficulté à subvenir à ses besoins, tantôt la reine dépensière Marie Antoinette de vider les coffres de la nation, tantôt la vieille femme à l’écart du village, sorcière présumée, d’être à l’origine des malheurs.   
En principe, le seigneur, qu’il soit laïc ou curé, doit la protection aux sujets de sa seigneurie. Mais depuis le XIVe siècle, ce principe a disparu, exposant le paysan à l’insécurité sociale, et si le seigneur ne protège plus le petit peuple, il n’hésite pas non plus à augmenter les taxes seigneuriales et à opprimer les villageois. Normalement, c’est le roi qui est désormais chargé de cette mission, mais les ruraux n’ont aucun contact avec lui. On redoute même le passage des troupes françaises, habituées à voler, piller, tuer et violer dans les villages ruraux. Cet état d’insécurité matérielle et sociale a développé dans les mentalités paysannes un sentiment commun de peur constante (peur du loup, peur des mendiants ou des sorcières par exemple). On note d’ailleurs la croyance générale qu’une menace pèse toujours sur la vie des hommes, leur bétail ou leur récolte. Tout est interprété comme un mauvais présage.  
La précarité de la situation sociale du campagnard d'autrefois ainsi que la fréquence des catastrophes qui l'affligeaient ont concouru à développer son esprit de travail et de ténacité, de résistance au découragement, son sens de la solidarité, de la collectivité villageoise, que le travail de la terre avait d'ailleurs engendré depuis toujours. Mais le mépris paysan pour l’absolutisme dépasse, à partir du XVIIIe siècle, toutes les autres formes de solidarité et d’entente.  
  
  
La montée de l’absolutisme au début du siècle n’a pas changé le mode de vie des paysans[4]. Cependant, les négligences de l’état et le mépris général des ordres du clergé et de la noblesse pour le tiers état rural suscitent une rancœur dans l’esprit du dernier ordre, resté en marge par rapport aux évolutions de la société urbaine.  
Les paysans, au sortir du Moyen Age, ne cessent d’obéir à un ou plusieurs seigneurs malgré une organisation politique de plus en plus absolutiste. En échange de leur travail dans les champs, les seigneurs leur doivent la protection et le jugement dans les tribunaux seigneuriaux. Ils apprennent cependant à répondre plus directement aux demandes du pouvoir central, par exemple par le paiement obligatoire des impôts royaux comme la taille ou la gabelle, et en se pliant aux augmentations fréquentes à cette époque. Au XVIIe siècle, ils ne sont pas les plus touchés par la construction de l’absolutisme auquel ils s’opposent confusément dans de violentes révoltes, avant de manifester une soumission apparente sous le règne de Louis XIV. Notamment, la justice royale ne s’implante pas dans le monde paysan avec autant de légitimité qu’à la ville. Habitués à régler eux même leurs problèmes, y compris par la violence, les paysans s’adaptent beaucoup plus lentement que les citadins aux principes organisateurs de la justice du roi absolu. Les effets du système judiciaire unificateur se font sentir réellement vers le milieu du XVIIIe siècle après une lente progression. On peut interpréter cela comme le résultat d’un adoucissement des mœurs, mais le paysage apparent de la criminalité rurale de la violence au viol traduit plus certainement une adaptation progressive aux idéaux judiciaires dominants. Le pouvoir royal est une entité vague, en l’absence de cadres spécifiques sur place. Grâce aux « asséeurs » locaux, des villageois désignés pour recueillir l’impôt, les paysans n’ont pas de contact avec l’administration royale.  
Les paysans, malgré leur importance, ont donc été méprisés et ignorés par les deux autres ordres (le clergé et la noblesse), et même par la bourgeoisie avant la révolte anti nobiliaire, et défavorisés économiquement, ce qui a provoqué leur mécontentement grandissant et a été l’une des causes de la Révolution française. Si ce rôle de révolutionnaire, dont le lieu de naissance est surtout la ville, est à relativiser fortement avant 1789, la révolution a rapidement été suivie par les campagnes (notamment lors du 4 août 1789 qui aboutit sur l’abolition totale des privilèges de la noblesse). Cela implique tout de même une rancœur dans l’esprit des ruraux qui provient probablement de la négligence de l’Etat absolutiste à leur égard. Ils n’ont pas de représentants politiques jusqu’à la réunion des états généraux en 1789. L’inégalité faite en leur défaveur est considérée comme normale et nécessaire à la société. Ils sont exclus de tous postes administratifs, judiciaires ou autres travaux lucratifs exigeant des responsabilités, et n’ont pour la plupart pas accès à l’instruction. Les paysans représentent une masse influençable ne disposant ni de représentation politique, ni de pouvoirs et dont va savoir se servir la bourgeoisie lors de sa révolte anti nobiliaire, et plus tard à la révolution française. 
Les paysans sont considérés comme des marginaux, même si leur activité économique est vitale pour le pays et nourrit la France entière (le pays éprouve encore le besoin de produire tout ce qu’elle consomme, le commerce extérieur étant encore très faiblement développé voire inexistant pour certaines régions). Ils sont tenus à l’écart des avancés scientifiques, leur éducation étant limitée à la lecture et à l’écriture, et quelques uns sont encore analphabètes. Ils n’ont pas le droit d’utiliser le progrès technique et les nouveaux instruments agricoles et artisanaux à leur profit, pour éviter le chômage en remplaçant les employés par des machines. Mais surtout, ils ne participent pas aux débats de société qui font leur apparition en ville et ne lisent pas les philosophes des Lumières. Réciproquement, il semble que personne à la tête du pays n’entende leur détresse : la situation économique et sociale est, au milieu du XVIIIe siècle, très tendue. L’aggravation de l’errance s’accompagne de celle de la délinquance, du brigandage et de la violence dans les campagnes. Cette violence est accrue par le contexte économique : les émeutes lors de la Guerre des farines en 1775 sont meurtrières. On ne s’étonne donc pas que la crainte des désordres hante les économistes, les autorités et plus généralement, les nantis, d’où les hésitations de la monarchie en matière de commerce des grains. Mais les décisions du roi, loin de remédier à la situation, visent à endiguer les risques de troubles, en conjuguant assistance et répression sous forme de règlements contre le vagabondage et par l’enfermement dans les dépôts de mendicité[5].  
L’unité du monde paysan transparait donc également dans sa marginalisation par le reste de la société et son mépris qui fait naitre dans les mentalités paysannes une haine collective du noble et une paranoïa face à son pouvoir sur les vies du peuple, annonçant les évènements ruraux de 1789.  
  
  
Malgré des contrastes effectifs au sein de cette société hétérogène de la campagne, le monde paysan revêt l’apparence d’un monde unifié, dans sa mentalité, sa culture et sa rancœur contre un Etat français à l’abri des fléaux qui touche son peuple. Cependant, l’esprit révolutionnaire que l’on attribut souvent à ces pauvres gens est à relativiser. Les paysans sont en effet très loin d’être à l’origine de la Révolution de juillet 1789. Les cahiers de doléances n’expriment que modérément leurs revendications et les premiers soulèvements contre l’autorité sont des actions collectives menées dans les villes. Si la nuit du 4 août est un événement très important par ses conséquences, elle n’en est pas moins le fruit plus d’une paranoïa paysanne devant une noblesse puissante et menaçante plutôt qu’un acte organisé en vue d’obtenir l’abolition des privilèges.  
On reconnaît qu’il est extraordinaire qu’une telle fraction de la population d’un pays se soit tenue totalement à l’écart de ses bouleversements politiques et sociaux pendant qu’une petite partie du tiers état changeait la face de la France et bientôt celle de l’Europe. Mais le monde paysan garde une place prépondérante dans l’évolution de la société du XVIIIe siècle, par l’énergie qu’il a mis dans l’exploitation des sols, par l’effort qu’il a fait de soutenir le mouvement révolutionnaire et par la profondeur de la fracture sociale qu’il subissait, et qui fait de l’étude de la société de l’ancien régime la révélation d’un phénomène sociétal exceptionnel. 
  
  
  


[1] Source : Histoire de la France : Révolution et Empire, Jean-Pierre Jessenne, Coll. Carré Histoire, Hachette
[2] Source : Nouvelle histoire de la France contemporaine, 1 : La Chute de la monarchie 1787 – 1792, Michel Vovelle, Point Histoire

[3] Source : La mentalité paysanne en France sous l’ancien régime (XVIe  - XVIIIe  siècle), Claude Galarneau, Revue d’Histoire de l’Amérique française, www.erudit.org

[4] Source : Société et mentalités dans la France moderne XVIe - XVIIIe  siècle, Robert Muchembled, Coll. Cursus, Armand Colin

[5] Source : Histoire de la France : Révolution et Empire, Jean-Pierre Jessenne, Coll. Carré Histoire, Hachette


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MessagePosté le: Ven 10 Déc - 15:55 (2010)    Sujet du message: Publicité

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