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Dissert lettres lecture

 
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Lucile


Hors ligne

Inscrit le: 29 Nov 2010
Messages: 9

MessagePosté le: Lun 29 Nov - 19:40 (2010)    Sujet du message: Dissert lettres lecture Répondre en citant

Voila ma dissert, si ça peut vous être utile :



La littérature est avant tout fondée sur le langage, construite à partir de lui mais aussi autour de lui et des problèmes qu'il pose. Or, le langage permet de créer une communication, d'entrer en relation avec les autre. La littérature ne peut donc pas être séparer de cette fonction inhérente au langage, la littérature crée toujours une relation. En effet, Riffaterre déclare que « le phénomène littéraire n'est pas le texte seul mais le texte et le lecteur, le rapport du texte au lecteur. » Que devient un œuvre littéraire sans ses lecteurs ?. Ainsi, on ne semble pas pouvoir donner au lecteur un rôle secondaire comme on le fait souvent en consacrant son étude à l'auteur ou à l'œuvre, négligeant le lecteur qui n'arrive qu'en second dans l'ordre chronologique. Michel Charles donne d'ailleurs le rôle le plus important au lecteur, c'est lui, par sa lecture, qui constituerait la littérarité d'un texte comme il le déclare dans Rhétorique de la lecture : « la lecture est une relation … L'intervention du lecteur n'est pas un épiphénomène. Dans la lecture, par la lecture, tel texte se constitue comme littéraire, pouvoir exorbitant mais compensé par ce fait que le texte « ordonne » sa lecture … la lecture fait partie du texte, elle y est inscrite. » On voit que la part du lecteur dans l'œuvre dépasse, pour Charles, la simple réception. Mais s'il est indéniable que le texte ait besoin de son lecteur, il faut se demande si le lecteur fait vraiment la littérarité du texte. On examinera donc le pouvoir que le lecteur peut prendre sur le texte. Puis on montrera en quoi ce pouvoir est toujours nuancé en cela que le texte agit lui aussi sur son lecteur. Et on remarquera que le texte semble déjà devoir être constitué comme littéraire pour pouvoir exprimer cette littérarité à son lecteur.




On voit, tout d'abord, que le lecteur, par sa lecture, met en place des relations et prend pouvoir sur le texte.
La lecture crée en premier une relation entre lecteur et auteur. En effet, un texte, même fictif, naît toujours de l'idée de l'auteur et reflète donc une parie de son esprit. Le lecteur découvre donc des éléments de l'auteur par sa lecture du texte.
L'autobiographie reste le genre où cette relation est la plus visible puisque l'auteur se dévoile complètement : « ainsi lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre » écrit Montaigne dans ses Essais.
L'auteur peut également chercher à entrer en relation avec son lecteur pour le convaincre, ainsi, par l'ironie, l'auteur créer une relation de complicité avec son lecteur mais il peut également user d'un ton brusque, violent.
Mais lire un texte c'est aussi entrer en relation avec des personnages, s'identifier à eux et les faire vivre comme l'écrit Rousseau dans ses Confessions : « je devenais les personnages dont je lisais la vie : le récit des traits de constance et d'intrépidité qui m'avaient frappé me rendait les yeux étincelants et la voix forte ».
Par la lecture, on peut aussi découvrir une autre époque puisque certains écrivains se sont donnés pour rôle de témoigner de leur temps, comme Balzac qui déclare : « la société allait être l'historien, je ne devais être que le secrétaire. »
Par sa lecture, le lecteur crée des relations et le texte a besoin de ces relations pour avancer mais il a également besoin d'un lecteur pour le compléter. Le lecteur doit avoir des qualités imaginatives pour combler les ellipses narratives ou terminer des romans aux fins imprécises comme celle du Dernier jour d'un condamné de Victor Hugo. Le lecteur ne sait pas si le condamné sera finalement gracié, même s'il a peu de chance de l'être, et a donc tout le loisir d'imaginer la fin de ce roman.
Chaque lecteur met donc un peu de lui même dans ce qu'il lit et toute lecture est personnelle et subjective. Un lecteur interprètera les actions des personnages en fonction de son vécu, des ses idées. Il fera vivre le texte, le texte a besoin de son lecteur, d'autant plus que c'est le lecteur qui lui donne son sens.
Effectivement, on peut penser que c'est l'auteur qui donne sens à son texte mais bien souvent l'auteur se détache de son texte et aucun parallèle n'est possible entre l'écrivain et son œuvre, « Je est un autre » comme dit Rimbaud. Le lecteur peut donc interpréter le texte comme il le souhaite ce qui explique la multiplicité de sens qu'ont les œuvres, La Princesse de Clèves par exemple, qui peut être lue comme une profession de foi janséniste mais aussi comme le premier texte féministe, une révélation sur les passions ou une réflexion sur les relations entre une mère et sa fille. Chaque époque et même chaque lecteur peut donner un sens à un texte et ce sens n'est pas moins légitime que celui donné par l'auteur. Selon Barthes, « la naissance du Lecteur doit se payer de la mort de l'Auteur ».
Il en va de même au théâtre, « on n'apporte pas au spectateur la « figure » d'objets et d'êtres réels, mais ces objets mêmes, souvent détournés : il faut qu'il leur donne un sens. […] Il n'y a pas deux perceptions des signes identiques d'un individu à l'autre, ni pour le même individu à deux moments de la durée » écrit Ubersfeld dans « le texte dramatique ».
De plus, en donnant un sens au texte, le lecteur peut juger de sa valeur esthétique. Bien que Voltaire pensait qu'il passerait à la postérité grâce à ses tragédies ce n'est pas cela que les lecteurs d'aujourd'hui ont retenu de son œuvre.
Ainsi, on voit que le lecteur peut prendre un véritable pouvoir sur le texte et si le texte a besoin de son lecteur pour vivre, le lecteur, lui, peut s'en détacher complètement.
Tout d'abord, on voit que le lecteur peut se désintéresser du contenu du texte pour ne donner de importance qu'au souvenir que le texte évoque. C'est ce que dit Proust dans Journées de lecture, la lecture « gravait […] en nous des souvenirs tellement doux ( tellement plus précieux à notre jugement actuel que ce que nous lisions alors avec amour) que, s'il nous arrive encore aujourd'hui de feuilleter des livres d'autrefois, ce n'est que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l'espoir de voir se refléter sur leurs pages les demeures et les étangs qui n'existent plus ». Le lecteur se détache totalement du texte. Mais il peut également s'en servir pour s'échapper de son quotidien. C'est ce que fait Nathalie Sarraute lors de sa lecture de Rocambole, elle vit plus dans l'univers du texte que dans la réalité comme elle le raconte dans Enfance : « et c'est à ce moment là qu'il faut répondre à des voix qu'un autre monde … « Mais on t'appelle, c'est servi, tu n'entends pas ? » … il faut aller au milieu des ces gens petits, raisonnables, prudents, rien ne leur arrive, que peut-il leur arriver là où ils vivent … là tout est si étriqué, mesquin parcimonieux … alors que chez nous là-bas, on voit à chaque instant des palais, des hôtels, des meubles, des objets, des jardins, des équipages de toute beauté, comme on n'en voit jamais ici, des flots de pièces d'or, des rivières de diamants ... »
Mais le lecteur peut d'autant plus facilement s'échapper par sa lecture que, déjà, l'auteur écrit pour s'échapper. Ce désir d'élévation par rapport à la société est mis en scène par Baudelaire dans son poème l'Albatros. Baudelaire y dresse une comparaison entre l'oiseau et le poète : « Le Poète est semblable au prince des nuées / Qui hante la tempête et se rit de l'archer ; / Exilé sur le sol au milieu des huées, / Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. » Le Poète n'est pas à l'aise dans la société. La majuscule l'idéalise et montre sa distance par rapport aux autres hommes. Par sa lecture et la relation qu'il crée avec l'auteur, le lecteur, lui aussi, s'échappe.


Par sa lecture, le lecteur crée des relations et fait vivre le texte, mais il lui donne également son sens et juge de sa qualité. Le lecteur semble donc pouvoir prendre tout pouvoir sur le texte au point même de pouvoir s'en affranchir. Mais le texte ne peut-il pas, lui aussi, agir sur son lecteur ?




En premier lieu, on peut dire que le texte « ordonne » sa lecture en ce sens qu'il demande un « lecteur modèle » selon l'expression d'Eco. Tout lecteur ne pourra pas prendre plaisir à la lecture de n'importe quel texte. Il doit être en mesure de comprendre les références de l'auteur pour entrer en relation avec le texte et prendre un véritable plaisir à sa lecture. Ainsi, lire Ulysse de James Joyce sans connaître l'Odyssée d'Homère ne permettra qu'une lecture superficielle de ce texte qui perdra alors beaucoup de son intérêt.
Mais on peut également dire que le texte « ordonne » sa lecture en ce sens qu'il demande sa lecture en fascinant son lecteur. C'est cf que montrer Sartre dans Les mots : « j'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. […] Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées ; droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allée de menhirs ». Le lecteur lit parce qu'il est fasciné par cet objet qu'est le livre, le texte.
Le texte fascine à ce point qu'une fois sa lecture commencée le lecteur n'a d'autres choix que de la finir, c'est ce que montre Grivel dans Production de l'intérêt romanesque : « la liberté (éventuelle) du lecteur consiste au plus à prendre ou ne pas prendre le volume proposé ; sitôt dans ses mains pourtant le livre lui dérobe totalement sa liberté ».
Mais si on a vu que le texte peut demander sa lecture au lecteur on peut s'apercevoir que, dans certain cas, il semble même demande sa lecture à son propre auteur. Dans Je n'ai jamais appris à écrire ou les Incipit, Aragon déclare : « je n'ai jamais écris mes romans, je les ai lus ». Le texte semble donc pouvoir se créer en dehors de la volonté de son auteur.
Mais le texte, en plus d'ordonner » sa lecture dans tous les sens que nous avons vu, peut conditionner les futures lectures de son lecteur en créant un horizon d'attente. Par ses lectures précédentes, le lecteur a compris certains signes, certaines caractéristiques qui, dés les début d'un nouveau texte crée une certaine attente de la « suite », du « milieu » et de la « fin » du récit (Aristote). C'est pourquoi tout texte n'est jamais totalement nouveau et enrichit toujours cet horizon d'attente. Comme le dit Mesguich dans l'Éternel Éphémère, « lire c'est toujours faire de la littérature comparée », toujours se souvenir,toujours rapprocher, toujours choisir ... »
Le texte peut donc agir sur son lecteur. Ne peut-il pas même le recréer en tant que sujet ?
Tout d'abord, par la mise en relation avec une autre époque, le lecteur découvre son passé, l'histoire de l'humanité. La lecture d'un texte comme Si c'est un homme de Primo Levi où l'auteur raconte sa vie à Auschwitz rend inévitable une interrogation du lecteur sur la barbarie, la déshumanisation, la mort, le néant. La lecture pousse son lecteur à s'interroger mais elle peut également le créer. Rousseau dépeint dans ses Confessions comment la lecture a façonné, dés son plus jeune âge, tout ce qu'il était amené à vivre : « je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c'est le temps d'où je date sans interruption la conscience de moi-même ». la lecture apparaît donc ici comme ce qui a marqué le début de l'existence réfléchie du sujet ; c'est par la lecture qu'il est entré dans la vie. Mais la lecture peut également révéler une vérité sur le moi du lecture. Effectivement, le texte étant le « produit d'un autre moi » comme l'écris Proust « ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c'est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir. » Ce processus de recréation du moi de l'auteur renouvellera, chez le lecteur, les procédures de symbolisation qui le construisent comme sujet.
Ainsi, si le lecteur donne un sens au texte il n'influe pas sir lui, le texte reste ce qu'il a toujours été, en revanche, l'œuvre façonne son lecteur et le détermine à concevoir l'existence de telle ou telle manière.


On peut donc dire que si le lecteur peut, dans une certaine mesure, prendre pouvoir sur le texte, ce pouvoir est toujours composé par les transformations que le texte fait subir à son lecteur. Mais il faut se demander si cette simple relation entre le lecteur et le texte fait d'un texte, un texte littéraire. Or, on s'apercevra que le caractère littéraire d'un texte et sa qualité ne s'exprime que par la surprise qu'il crée chez son lecteur. Le texte doit déjà être constitué comme littéraire pour exprimer cette littérarité à son lecteur.



Tout d'abord, une œuvre de qualité, un texte littéraire doit dépasser son public et demande un véritable travail de recherche pour son lecteur.
Une grande œuvre ne peut pas coïncider exactement avec l'horizon d'attente des lecteurs, elle doit remettre en question leurs cadres esthétiques et leur permettre de faire une expérience nouvelle. Le texte permet une expérience nouvelle en n'étant pas nécessairement référentiel à la réalité mais simplement au langage. C'est ce que l'on voit dans les néologismes comme ceux de Michaux dans Le grand combat : « il l'emparouille et l'endosque contre terre », « emparouille » vient de s'emparer et de « dérouiller », « endosque » vient de « renverser » et « dos ». Par ces nouveaux mots, le lecteur est obliger de mener une véritable recherche, un véritable travail sur le texte pour le comprendre. C'est ce travail nécessaire qui fait la littérarité et la grandeur d'un texte comme l'écrit Proust dans Le côté des Guermantes. Il parle de son expérience de lecture d'un nouvel écrivain et écris : « il disait par exemple : « les tuyaux d'arrosage admiraient le bel entretien des routes […] qui partaient toutes les cinq minutes de Briand et de Claudel. » Alors je ne comprenais plus parce que j'avais attendu un nom de ville et qu'il m'était donné un nom de personne » mais ajoute « je n'en avait pas moins pour le nouvel écrivain l'admiration d'un enfant gauche et à qui on donne zéro pour la gymnastique, devant un autre enfant plus adroit. Dés lors j'admirais moins Bergotte dont la limpidité me parut de l'insuffisance ». Le texte doit surprendre son lecteur, dépasser son public. Il doit également le surprendre en changeant son rapport au monde.
Les figures de style dans leur ensemble permettent de détourner le rapport à la réalité en déconstruisant le fonctionnement réel du langage. La réalité exprimée par les métaphores, les correspondance, changent la vision que le lecteur a du monde. Ainsi, pour Hugo, le croissant de lune devient « cette faucille d'or dans le champ des étoiles ». Là encore, le lecteur doit effectuer un travail de recherche pour s'approprier le texte. Un texte littéraire révèle toujours des choses que le lecteur n'aurait pu voir sans lui.
Cette révélation est possible parce que le texte change totalement le rapport du lecteur au langage. Il le surprend par sa forme et le change de cette manière. Dans Contre Sainte-Beuve, Proust déclare « par l'usage entièrement nouveau et personnel qu'il a fait du passé défini, du passé indéfini, du participe présent, de certains pronoms et de certains propositions, [Flaubert] a renouvelé […] notre vision des choses ».
Pour surprendre son lecteur, changer son rapport au monde, à la vérité qu'il voit toujours détournée dans les textes littéraires et le forcer à travailler véritablement sur le langage et donc sur lui-même, le texte doit d'abord être constitué comme littéraire.






On a donc vu que le lecteur, par sa lecture crée des relations et fait vivre le texte, qu'il prend donc pouvoir sur le texte. Mais le texte, lui aussi, agit sur son lecteur et le transforme. Charles affirme que ce pouvoir fait la littérarité d'un texte. Mais on a remarqué que c'est surtout par la surprise, l'originalité du style et des formes qu'il met en place que le texte se constitue comme littéraire. La lecture est anticipée par l'auteur, elle fait partie du texte, elle y est inscrite. L'auteur constitue son texte comme littéraire en le créant de telle sorte qu'il bouleverse l'horizon d'attente du lecteur. Seul, le lecteur ne peut faire d'un texte, un texte littéraire.


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MessagePosté le: Lun 29 Nov - 19:40 (2010)    Sujet du message: Publicité

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Clémence


Hors ligne

Inscrit le: 04 Oct 2010
Messages: 4

MessagePosté le: Mer 1 Déc - 15:17 (2010)    Sujet du message: Dissert lettres lecture Répondre en citant

Merci Lucile! Bel effort ;-)

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:43 (2018)    Sujet du message: Dissert lettres lecture

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